La dernière fois que j'ai pleuré au théâtre, c’était hier, au Paradis, dans cette salle intimiste, tout en haut du théâtre, en haut de l’escalier étroit en colimaçon, sous les toits, à l’abri du monde, tout proche de la pluie qui tombe sur le zinc. On y est bien.
Je m’assois au troisième rang, pas trop près de la scène, à l’extrémité de la rangée. J’aime pouvoir étendre mes jambes dans une allée, et regarder le plateau de biais. Je sais à peine ce que je vais voir. Je lis rarement le résumé des pièces. Je suis attirée par un titre, le nom d’une compagnie, d’une comédienne, ou d’un théâtre, ici par celui du metteur en scène. Je m’attends à tout. Et non pas à rien. J’espère être emportée au point de ne plus penser à rien d’autre qu’à tout ce qui se passe ici dans ce Paradis.
Il n’y a pas de grandiloquence. Pas de grand spectacle. Pas d’effets. Pas de troupe nombreuse. Pas de musique live. Pas de changement de décor. Pas de changement de costume.
Je peux dire exactement à quel moment j’ai pleuré. Dès les premières notes de l’unique musique du spectacle. Veridis Quo de Daft Punk.
Ce qui se joue à ce moment-là n’est pas dans les mots. Ou plutôt, l’émotion qui se joue à ce moment-là dépasse les mots. Ces mots-là dits par quelqu’un d’autre, ailleurs, ça ne m’aurait pas touchée. Mais ce soir là, dans cette salle, les comédiens ont chargé leurs textes, leurs regards et leurs silences d’une pensée si forte, d’une image si puissante, que ça m’est arrivé en plein coeur. Ils m’ont donné l’impression qu’ils vivaient ça pour la première fois. J’étais témoin d’un instant rare.
Je suis comédienne, je connais cet endroit de notre métier où l’on est sur un fil : on joue une situation qui peut toucher le public. On le sait, on l’espère. Mais si on ne pense qu’à l’effet recherché, si on est trop volontaire dans notre souhait de toucher, alors ça rate. Forcément ça rate. Parce qu’on a quitté notre personnage. Mais à l’inverse, si on s’enfonce jusqu’au cou dans notre situation sans plus penser du tout au public, si on ne joue que pour nous-même, alors ça rate aussi. Parce qu’on n’offre pas de porte d’entrée sur notre personnage ou sur nos états d’âme. Parce qu’on parle trop vite, trop dans notre barbe, ou qu’on mord sur la réplique de notre partenaire. C’est difficile de rester en équilibre sur ce fil. D’offrir sa fébrilité, de risquer de tomber à tout moment, de surprendre son partenaire de jeu pour le forcer à être dans le moment présent, mais sans jamais le piéger, garder le cap et assurer sans faillir l’intégralité de sa partition.
Montrer qu’on est vivant, nous et le spectacle, et qu’aujourd’hui ça n’était pas comme hier, pas comme demain.
J’adore pleurer au théâtre.
Très bons spectacles
Lou
❣️
BANC PUBLIC 🎭 LE PITCH : Paris, Place de la République. Une jeune femme attend sur un banc. Un homme la photographie. Qu'est ce que vous faites ? Je vous prends en photo. Et d'heures en heures, de photo noir et blanc en photo Polaroïd, ils se racontent des fragments de vie. On plonge dans la médina d'Addis Abeba, dans les préparatifs de manifs, dans le vide que laissent les disparus, les évaporés, les morts. On plonge dans le sourire de ceux qui restent : "Moi, on me demande jamais comment ça va." Et puis on plonge dans Arthur Rimbaud. "Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme." > au Théâtre du Lucernaire (VIe)
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Gillette à Nicolas Poussin dans Le Chef d’oeuvre inconnu de Balzac
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