Ăa commence Ă 17h30.
On se donne rendez-vous tous les jours Ă la mĂȘme heure au théùtre. On fait coucou aux ouvreurs derriĂšre le guichet, on bise les serveurs du bar et du restaurant.
On monte jusquâau 3Ăšme Ă©tage. On ouvre notre loge, la numĂ©ro 8. On lance Prince ou Le BolĂ©ro de Ravel. On mange un Twix.
On descend au 2Ăšme Ă©tage, sur le plateau du théùtre Rouge. On installe le dĂ©cor qui est rangĂ© Ă lâarriĂšre du plateau, puisquâon partage la salle avec plusieurs autres spectacles. Le dĂ©cor est sĂ©parĂ© en plusieurs panneaux. On le reconstitue. On le fixe avec des goupilles. Chacun son rĂŽle. Chacun sa place. Tu lĂšves. Il pousse. Il roule. Il goupille. On place le banc, le bar. On vĂ©rifie que les roues des portes roulent bien. RatĂ©. On change une roue.
Chaque comédien fait sa mise : on installe tous nos accessoires à la bonne place et dans le bon ordre sur le plateau et dans les coulisses. Ampoule, éventail, verre vide, verre plein, courriers, sac de voyage, renard, chapeau. Gourde.
On met du gaffer sur les innombrables cĂąbles au sol pour ne pas se prendre les pieds dedans. On fait les branchements lumiĂšre et son. (Il y a 50 ampoules dans notre dĂ©corâŠ) Le rĂ©gisseur vĂ©rifie tous les effets, tous les tops. On fait des Ă©tirements. Chien tĂȘte en bas.
On remonte en loge. Salut les comĂ©diens des autres spectacles qui jouent en mĂȘme temps dans les autres salles.
On se douche, on se maquille, on se coiffe, on repasse nos blouses et nos chemises (un jour sur trois, ça passe), on mange un Krema. On fait une raie au peigne. On fait des exercices de diction. On se badigeonne de baume du tigre. On se fait des retours sur la représentation de la veille.
On se raconte nos journées, nos fins de soirées. On remplit nos gourdes. On se lave les dents.
On enfile nos costumes. Pour certains ça prend une demi minute. Pour dâautres câest une demi heure.
Et puis il est 18h40. On vĂ©rifie le dĂ©cor une derniĂšre fois. Les pendrillons sont bien en place. Le public entre en salle. On espĂšre nâavoir rien oubliĂ© dâinstaller sur le plateau. Mais bien sĂ»r, parfois on oublie. Alors on se rattrape. Quelquâun se faufile. Il est 18h44. Il faut y aller lĂ . On se dit merde pour se dire bonne chance. Chacun Ă sa façon. Des embrassades, des accolades, des poignĂ©es de mains, des massages toniques bruyants, des priĂšres. Il y a un ordre. Faut recommencer. Câest toi en dernier. Toi en premier. Merde. Gros merde. Mierda. Lâouvreur fait lâannonce. Pas de tĂ©lĂ©phone portable. Pas les pieds sur la scĂšne. Ăa va commencer. JusquâĂ la derniĂšre seconde, on est dissipĂ©. On se fait peur. On se dit quâon a lâimpression quâil va se passer quelque chose de bizarre. On a oubliĂ© un bout de texte. On boit une gorgĂ©e. On se met en place. 19h. On sourit. Ăa part.
Parce que, câest vrai, il faut la jouer cette piĂšce ! Il y a des gens qui sont lĂ , qui ont payĂ© leur place et qui ont envie dây croire. Comme si câĂ©tait la premiĂšre fois, comme si on inventait lâhistoire au fur et Ă mesure devant leurs yeux. Chaque soir, les choses se rĂ©pĂštent mais ne sont âni tout Ă fait les mĂȘmes, ni tout Ă fait une autreâ.
Alors non, ces petites actions bien codifiĂ©es ne sont pas de simples superstitions. Elles sont nos promesses de confiance, dâapaisement, dâunion. Elles sont nos liens dâharmonie autant que de folie. Elles sont nos rituels. Nos rituels chĂ©ris. Nos chers rituels. Et ça, ça nâa pas de prix.
Merveilleuse année 2025. Je souhaite à chacun de trouver le rituel qui le guérira un peu.
TrĂšs bons spectacles. Voici une sĂ©lection de ceux que jâai le plus hĂąte de dĂ©couvrir, dĂšs que jâaurai quittĂ© les planches !
âŁïž
Lou
JANVIER : CHĂTEAU EN SUĂDE
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FĂVRIER : PEAU DâHOMME đ LE PITCH : Dans lâItalie de la Renaissance, Bianca doit ĂȘtre mariĂ©e Ă Giovanni. Elle nâest pas contre⊠Mais avant ce mariage, Bianca hĂ©rite dâun cadeau magique de sa marraine la bonne fĂ©e : une peau dâhomme. Un genre de cape pour vivre tel un homme ! Elle va alors dĂ©couvrir lâamour et la sexualitĂ© de lâautre sexe⊠Une magnifique fable sociale et fantastique qui titille et Ă©moustille. đ¶ Un spectacle musical tellement prometteur ! Jâai adorĂ© la BD dont est tirĂ©e la piĂšce. Jâadore la folie de Laure Calamy. Jâadore les chansons Ă textes de Ben MazuĂ©. Câest ma destination certaine de fĂ©vrier ! |
MARS : IL NE MâEST JAMAIS RIEN ARRIVĂ đč Vincent Dedienne mâa Ă©blouie avec son seul en scĂšne Un soir de Gala. Je suis fan fan fan de tout ce quâil propose. Je ne veux rien louper de lui au théùtre. |
AVRIL : ORGUEIL ET PRĂJUGĂS⊠ou presque
đ Câest Johanna BoyĂ© Ă la mise en scĂšne. En gĂ©nĂ©ral, ça dĂ©pote ! Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ? Les filles aux mains jaunes, Lâinvention de nos vies, Je ne cours pas, je vole ! et tant dâautres mises en scĂšne. |
MAI : LE BOURGEOIS GENTILHOMME đ Aux manettes, mon duo de choc prĂ©fĂ©rĂ© : ValĂ©rie Lesort et Christian Hecq. Ils ont une folie, une poĂ©sie et une intelligence foudroyante. Tous leurs spectacles sont magiques. |
JUIN : JOURNĂE DE NOCES CHEZ LES CROMAGNONS đ„ Comme jâai hĂąte de dĂ©couvrir cette nouvelle crĂ©ation de Wajdi Mouawad. Il a lâart de raconter des fresques familiales romanesques. Il nous plonge comme personne dans un pays et une culture. Sa langue est vivante, concrĂšte et aussi toujours poĂ©tique. On sâidentifie car on est au coeur de leurs intimitĂ©s et de leurs drames. Il affronte tous les sujets brĂ»lants et nous donne des clĂ©s pour questionner et comprendre. |
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