On me demande souvent si je pleure "pour de vrai" sur scène et si je vais chercher chaque soir dans les tréfonds de mon âme pour réussir à être émue.
Je vais répondre très franchement. Mais cette réponse ne sera pas celle de tous les comédiens, car nous avons tous notre méthode, notre technique et nos convictions sur ce sujet.
Oui je pleure pour de vrai quand je pleure. Ce sont de vraies larmes. Non, je ne vais pas chercher tous les soirs dans les tréfonds de mon âme.
C’est mon corps qui a le souvenir de mon état lorsque je suis émue. Je sais maintenant comment reproduire cet état grâce à de la technique et à de la répétition. Au début du travail, je devais penser à des évènements réels qui créaient une vraie émotion chez moi pour réussir à me mettre dans le bon état physique. Et au fil des répétitions, j’ai ancré ces sensations dans mon corps. Je sais quelle respiration adoptéer, quel phrasé utiliser, ou quels gestes de mains faire, pour que ça déclenche mon émotion sans avoir à la penser intellectuellement. C’est devenu un exercice physique, technique et non plus intellectuel. C’est en partie comme cela que j’ai intégré cette phrase culte de mon professeur de théâtre Jean-Laurent Cochet “la diction entraîne le sentiment”.
Et cela vaut pour toutes les émotions : pleurer sur scène est toujours ce qui impressionne le plus le public. Mais cela vaut aussi pour la colère, la tendresse ou la joie infinie.
Ça serait extrêmement éprouvant de devoir chaque jour se replonger dans sa propre histoire, ses traumatismes et ses peines pour réussir à être au bon endroit de l’émotion en public. Ce serait aussi risqué. Et je trouve cela très sain de ne pas devoir en passer par là. Ce n’est pas au comédien d’être ému chaque soir, mais bien au public.
Je ne sais pas si j’ai trouvé les bons mots pour répondre alors voici ceux de Diderot, dans Le Paradoxe du Comédien, que je trouve infiniment éclairants.
“Tout le talent de l’acteur consiste non pas à sentir, comme vous le supposez, mais à rendre si scrupuleusement les signes extérieurs du sentiment que vous vous y trompez.
Les cris de sa douleur sont notés dans son oreille. Les gestes de son désespoir sont de mémoire, et ont été préparés devant une glace. Il sait le moment précis où il tirera son mouchoir et où les larmes couleront. (…)
Le costume déposé, il éprouve une extrême fatigue, il va se coucher ; mais il ne lui reste ni trouble, ni douleur, ni mélancolie, ni affaissement d’âme.
C’est vous (spectateurs) qui remportez toutes ces impressions. L’acteur est las, et vous tristes ; c’est qu’il s’est démené sans rien sentir, et que vous avez senti sans vous démener. S’il en était autrement, la condition de comédien serait la plus malheureuse des conditions ; mais il n’est pas le personnage, il le joue et le joue si bien que vous le prenez pour tel : l’illusion n’est que pour vous ; il sait bien, lui, qu’il ne l’est pas.”
Je vous laisse méditer… N’hésitez pas à me partager vos sentiments sur cette question passionnante !
Très bons spectacles.
❣️
Lou
MOMAN - Pourquoi les méchants sont méchants ? |
LES CHATOUILLES ou la danse de la colère 🎭 LE PITCH : Odette est une enfant rieuse, elle veut être danseuse quand elle sera grande. Lorsqu'un "ami de la famille" abuse de "chatouilles" avec elle, c'est toute sa vie qui tangue. |
SANS TAMBOUR 💥 Pour faire le deuil de l'amour, les personnages font littéralement tomber les murs de la maison dont il ne restera que l'armature : ah la vie… c'est un vrai chantier ! 🎶 Au milieu des ruines : des gags dignes du théâtre de boulevard, du mime, de la poésie, et surtout de la musique ! Les Lieder de Schumann ponctuent le spectacle, et la voix de la soprano s'infiltre dans les dialogues des comédiens. |
Le matin quand je me lève, j’me donne des grands coups de torchon dans le citron et des grands coups de talon dans le popotin, et pis quand j’ai bien mal, j’m’empêche de pleurer en me pinçant très fort le tarin.
Moman – Pourquoi les méchants sont méchants ?, de Jean-Claude Grumberg
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